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LE NUMERIQUE DANS LE STATUT DE L’ENSEIGNANT

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Témoignage d'un professeur sur le numérique :

"Lorsque le statut de l’enseignant a été défini en 1950, le législateur a inclus à juste titre le temps passé par l’enseignant à préparer ses cours et à corriger ses copies, la référence de l’époque étant de 40 heures hebdomadaires.

Aujourd’hui, cette référence a baissé, puisqu’elle est passée à 35 heures ; mais les enseignants n’ont pas bénéficié d’une réduction au pro rata, et le numérique risque de fausser encore plus la donne, car aujourd’hui, l’apparition du numérique dans notre vie quotidienne et par-delà, dans nos enseignements, s’il n’est plus à remettre en question, influence et va bouleverser notre travail d’enseignant et le temps qu’on y consacre.

Avant de développer ce point, remarquons que l’informatisation entraîne l’achat d’un équipement nécessaire et adapté à notre métier. Il ne nécessite pas seulement un ordinateur de bureau, mais souvent en plus, un ordinateur portable ou un notebook, voire une tablette, quand ce n’est pas un disque dur ou une clé USB, matériel qui est emmené en cours pour passer des documents numériques aux élèves, quand bien même les lycées s’équipent de plus en plus – le problème de cet équipement est souvent logiciel, plus que matériel. Il nous faut en effet avoir non seulement une suite bureautique, mais souvent des logiciels spécifiques comme dans les enseignements scientifiques ou liés au social. Ces logiciels et ses équipements coûtent chers. Lorsqu’une entreprise impose à ses employés l’utilisation d’un outil personnel de cette nature, celui-ci reçoit une indemnité, sinon, l’entreprise fournit les outils aux employés : ainsi en va-t-il de la voiture de fonction. Dans l’enseignement, en général c’est le professeur qui achète lui-même son matériel … Mais enfin, ceci est rentré dans les mœurs, trop facilement si l’on peut dire, mais c’est là le cas.

L’objet de mes réflexions ne concerne pas le matériel, mais ce qui concerne le travail communément appelé à la maison, et qui a été pris en compte dans notre statut, sous la forme bien connue des 15 h / 18 h. L’informatique arrive, et elle a eu déjà une conséquence qui nous concerne tous : nos cours, nos exercices, les devoirs et interros, et pour les scientifiques, les animations, présentations, les vidéos, bref, une quantité impressionnante de documents sont désormais générés sur nos ordinateurs personnels, chez nous ! Il suffit de demander à nos conjoints le temps qu’on y a consacré pour s’en rendre compte à titre personnel. La craie est remplacée par le vidéoprojecteur et par la photocopieuse. Voilà d’ailleurs une des conséquences dont on parle à ce sujet en C. A. et qui est l’augmentation du volume de photocopies, effet immédiat du travail chez soi, assis devant son PC. La machine à alcool devait avoir bien des défauts pour ne pas avoir généré en son temps autant de copies que nos documents numériques. Nous payons donc tous, au niveau du lycée comme au niveau individuel, le prix fort de cette numérisation.

L’inspection sait fort bien le niveau de qualité et de quantité des documents de toute nature produits, puisqu’elle nous titille pour mettre nos œuvres en ligne et partager nos créations, comme par exemple dans le cahier de textes, dans Eduscol.

Mais encore une fois, tout ça est rentré dans les mœurs ! Ce qui m’inquiète n’est pas ceci, mais dans ce qui arrive là, sous notre nez ! Cela porte le nom de bureau virtuel, de cloud, mais aussi de moodle ! La mise en ligne d’un nuage virtuel de documents implique que l’enseignement devienne virtuel et l’enseignant aussi par la même occasion ! Aux USA, ils y sont déjà. Et chez nous, que va-t-il se passer ? Des cours et des exercices en ligne, les sujets et les contrôles, des documents diverses, bref, tout un domaine gigantesque à occuper ! Mais qui va faire ce travail ? Celui qui peut le faire, l’enseignant. Et cela se fait au détriment soit de son travail de préparation, soit au détriment de son temps libre ou de sa vie de famille ! J’en parle en connaissance de cause ! Cela ne concerne pas tous les professeurs, loin s’en faut, car certains ont su garder la tête froide, à moins que le numérique les rebute tout simplement, auquel cas ils sont vaccinés : grand bien leur fasse ! Les enseignants en première ligne sont ceux qui se sont déjà investis dans le numérique, sous toutes ses formes. Appelons donc ce type de professeur un enseignant-informaticien, non pas qu’il soit diplômé d’informatique, mais dans son établissement, ses connaissances et ses apports sont prouvés – Il y en a des comme ça ! Car le rôle de cet enseignant-informaticien ne va pas s’arrêter là. Le numérique, bien qu’ayant envahi nos vies, reste la chose la moins maitrisée de tout un chacun !

Cet enseignant, qui a proposé en son temps ses services dans ce domaine – à tort ou à raison, nul n’a à en juger –  peut devenir aussi professeur ressource informatique, ou professeur référent informatique, voire même webmestre et dans certains lycées ou collèges, tout ça à la fois ! Certes, il y a les HSE, les HSA qui empêche le professeur-PRI-webmestre de le devenir – HSM (hors service momentanément), et de toutes façons, là, il y voit la possibilité de palier à la baisse de son pouvoir d’achat ! Le Proviseur est ravi : le parc informatique est dans de bonnes mains ; le Rectorat légalise et étend ce système, qui permet sans trop de frais d’être au fait du numérique dans les lycées et collèges, et basta, tout le monde est content !

Les entreprises n’ont pas cette chance, les pauvres, qui doivent payer, fort cher, de vrais informaticiens diplômés, qui travaillent à temps plein sur leurs parcs informatiques, leurs réseaux, leurs sites, leurs cloud, et qui ne travaillent pas le weekend, contrairement au prof-informaticien-PRI-webmestre-référent qui le fait et pour quelques dollars de plus – ça doit venir de l’Ouest terne !

Ce prof là prend conscience de sa position stratégique, indispensable – quoique nul ne le soit comme dit le proverbe, certes – mais au combien délicate. Il sait ce qui va se passer car il côtoie ses collègues, ceux qui ont acheté une tablette sous androïd et lui demandent comment on fait pour y mettre office, sont perdus lorsqu’un ordinateur du lycée est sous linux, ou mélangent leurs mots de passe quand ils ne les oublient pas. Il sait que ses collègues vont souffrir du numérique ! Il a d’ailleurs trouvé à nom pour cela : le bouffe-temps ! Car le numérique consomme plus d’heures que n’importe quel travail et cela, sans que personne ne le sache, sauf les autres profs-informaticiens-PRIs-webmestres-référents. Il se dit que ses compétences, ses responsabilités et ses occupations dans le lycée – en dehors et en plus de son travail lui seraient reconnues autrement dans le privé ! La preuve ? Regardons ce qui se passe dans le privé, mais aussi dans les écoles d’outre-Atlantique pour s’en convaincre !

Il faut donc que l’État, au travers de l’Éducation Nationale, fasse la distinction entre deux formes de travail dans le domaine du numérique, ainsi en est-il :

1)              du travail qui sera bientôt demandé à chacun de nous, ses participations dans l’enseignement numérique au travers de moodle, de clouds et autres outils idoines, et qui doit être pris en compte dans le statut du professeur sous forme d’heures de décharge statutaire dans le cadre du décret de 1950.

2)              du travail des personnels qui s’occupent au sein des établissements de la bonne marche du numérique –  Il est hors de question de continuer sur cette voie là avec les moyens actuels, car les parcs s’étendent et les ordinateurs se comptent maintenant par plusieurs centaines dans les lycées et collèges ! Leur gestion, mais aussi celle du réseau, celle des logiciels, leurs mises à jour, les comptes des élèves et des professeurs, l’administration des ENT, bref ! Tout cela doit faire l’objet d’une remise à plat, car le système des HSE, HSA ou d’un aménagement du temps de travail dans l’emploi du temps a ses limites. Une décharge statutaire, même si elle règle le problème au niveau de l’enseignant responsable, ne règlera rien quant à l’évolution du numérique dans l’Éducation Nationale. Le numérique demande de plus en plus de temps, de plus en plus de moyens et il est vital ces problèmes soient abordés, qu’une vraie politique soit élaborée et qui ne repose pas forcément et entièrement sur ce système qui, à mon sens, n’a pas la capacité d’aborder le numérique tel que nous allons l’affronter d’ici peu.

Le Ministre a remis le statut de l’enseignant à l’ordre du jour. Il est souhaitable que soit inclus l’aspect du numérique et du temps qu’il nous demande, qu’il va nous demander dans l’avenir. Sans aucun doute, ce temps dépend de nos compétences et de nos activités ou responsabilités dans ce domaine, mais s’il est urgent de se donner les moyens d’avoir un outil efficace, juste et où chacun saura s’épanouir sans y laisser sa vie, sa santé et ses finances. Ma demande principale est qu’il est vital de se préoccuper des personnels sur qui l’État compte pour que cet outil soit performant."

Merci pour ce témoignage.

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